Parce que j'aime utiliser l'aquarelle à la manière de la peinture à l'huile, en me servant d'un fond coloré pour peu à peu "monter les lumières", j'ai l'habitude de peindre sur des feuilles colorées classiques, comme les papiers teintés de Canson. Mais récemment, j'ai voulu apporter plus d'eau : les 160g/m² de la feuille n'ont pas tenu le choc et la feuille a gondolé.

Il reste la solution des papiers contre-collés mais le comportement de l'aquarelle diluée n'est pas le même que sur une feuille spécialement conçue pour l'aquarelle. Bof.

J'ai donc cherché à teindre mes feuilles (Arches 300g/m²) dans des bains colorés avec de l'encre et de l'aquarelle mais le résultat n'était pas très concluant: encre instable qui se décolore en 2 jours, aquarelle qui teinte à peine et précipite, donnant des effets que je ne cherche pas sur ma feuille.

J'ai poussé mes recherches et j'ai finalement trouvé un fabricant de papier aquarelle teinté qui vend en ligne, même vers la Réunion (youhou!): plusieurs teintes, plusieurs grammages, format au choix et méthode de fabrication à l'ancienne.

 

La mise en œuvre:

Le papier a un comportement très différent de celui que j'utilise d'habitude (le papier Arches), mais à force de travailler dessus, il finit par se faire comprendre. Il faut insister et surtout s'adapter. Prévoir quelques feuilles d'essai :-)

 

Déjà, mes premières feuilles, je les ai immergées quelques minutes, comme d'habitude, en vue de les tendre sur un châssis, malgré les recommandations du fabricant. En fait, une légère humidification suffit: ce papier est beaucoup moins encollé et absorbe immédiatement l'eau, ce qui le rend trèèèès fragile à la manipulation. Il sèche et se tend parfaitement.

Et scriiiitch le coup d'agrafeuse en plein dans le papier mouillé et tendu

 

Ensuite, lors de la peinture, l'absorption n'est pas la même. Elle permet d'ailleurs d'obtenir des effets particuliers inattendus et bienvenus.

effets sur papier: les auréoles dans le sable

Sur cette photo, on voit vaguement les fameux "effets particuliers inattendus" dans la zone du sable (pas moyen de faire une photo convenable). Je trouve le sable assez délicat à peindre en général mais avec ce papier, c'est magique. Les valeurs les plus sombres sont de la couleur du papier, les valeurs les plus claires sont apportées par des touches d'aquarelle et les valeurs intermédiaires sont créées par la diffusion de l'aquarelle dans le papier. Il me semble avoir peint cette zone en mouillé sur mouillé.

 

Le fait de travailler en mouillé sur un papier coloré sec demande aussi un temps d'adaptation: le papier absorbe vite l'eau, fonce en se mouillant et il faut attendre son séchage complet pour juger la touche qu'on vient de poser.

Voilà une première "aquarelle" aboutie (à voir si je reviens dessus par la suite), sur une feuille de "Turner" coloris Nocturne.

ravine de St Gilles, aquarelle et gouache sur papier coloré, 34.5 x 25 cm

J'ai essentiellement utilisé de l'aquarelle, hormis pour le blanc (gouache). Le papier foncé apporte évidemment la contrainte de ne pouvoir se servir du blanc du papier comme lumière. Les puristes de l'aquarelle me jetteraient des cailloux.